Propos de l’auteur   

Pourquoi rit-on ? Question lancinante, souvent posée, jamais résolue, qui vient tarabuster les acteurs et les auteurs qui s’essaient au comique, particulièrement lorsqu’ils échouent.
Comme bien d’autres, je me suis affronté à ce problème, j’ai fouillé dans mes souvenirs j’ai cherché dans les livres. En fin de compte, aucune étude ne m’a paru plus pertinente que celle par laquelle j’avais commencé, à savoir Le Rire de Bergson, et je ne me souviens pas avoir autant ri, au théâtre, que lors d’une représentation du Fil à la patte de Feydeau à la Comédie Française.

Or Henri Bergson (1859 - 1941) et Georges Feydeau (1862 - 1921) étaient contemporains et, bien qu’à ma connaissance, ils ne se soient jamais cités mutuellement et, peut-être, jamais rencontrés, il m’a semblé qu’on ne pouvait trouver meilleure illustration de la théorie du premier que dans les comédies du second.
L’idée m’est donc venue de les réunir. Mais faire dialoguer, pendant une heure ou deux, l’austère philosophe et le vaudevilliste facétieux, risquait de paraître bien ennuyeux. Si tant est que le théâtre puisse faire réfléchir, ce ne peut être que sur le vif, à propos d’événements qui se déroulent là, sur la scène.

C’est pourquoi j’ai choisi de situer l’action dans une période un peu délicate pour l’un comme pour l’autre,
vers 1898-99, lorsque Feydeau peine à terminer (après l’avoir recommencée plusieurs fois, il n’avait toujours pas livré le troisième acte à trois semaines de la première, répondant au directeur du Théâtre des Nouveautés qui s’inquiétait : "Patience, je termine les entr’actes !") et que Bergson, rompant avec sa réputation d’universitaire sérieux, commence la série de conférences qui seront réunies dans Le Rire.


Malgré le respect et même l’admiration que j’éprouve pour eux, je n’ai pu m’empêcher de les placer parfois dans des situations scabreuses, voire absurdes. Que leurs mânes - et leurs héritiers - veuillent bien me pardonner en considérant que, si le comique n’a pas fondamentalement changé depuis leur époque, il a pris des couleurs un peu différentes.

Bien entendu, il s’agit là d’une pure fiction. Aussi, ne me suis-je permis aucun emprunt textuel à mes deux auteurs, si ce n’est certains noms propres de La Dame de chez Maxim et une expression devenue proverbiale : "Du mécanique plaqué sur du vivant".

Quant aux autres protagonistes: les comédiens, le directeur du théâtre, Armande Cassive, Louise Bergson, s’ils ont bien existé, toute ressemblance entre les personnages de la pièce et les originaux serait purement fortuite et, pour tout dire, inespérée.

Philippe Gerville RÉACHE




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