Propos de mise en scène   


Dom Juan est un mystère . C'est là sans doute ce qui le rend scandaleux , au point que pendant deux siècles jusqu'en 1841 on n'a représenté que la version édulcorée qu'en avait écrite Thomas Corneille. Certes le personnage est scandaleux par son attitude et son discour , mais apres tout il en est puni à la fin de pièce. On avait déja vu d'autres personnages monstrueux portés a la scène sans y trouver à redir , mais Dom Juan outre ses offences et ses sacrilèges pousse l'insolence jusqu'a refuser de se laisser dans aucune catégorie connue. Il est amoureux et misogyne , il est libre penseur et obsédé par son affrontement avec Dieu , il est médiéval et moderne , il bouscule les conventions sociales mais conserve ses prejugés de classe ( la morgue , le sens de l'honneur ) , il est grand seigneur mais son seul ami , son complice presque son double est son valet.


Et la pièce de Molière est à son image : elle mélange les genres depuis la Comédie bouffonne jusqu'a la Tragédie Picaresque et les machineries à l'italienne. Elle prétend se dérouler en vingt quatres heures (la deuxième scène de Dona Elvire en sensée se passer quelques heures après la première) mais elle raconte une vie entière et pourtant elle est parfaitement jouable : c'est sans doute une des oeuvres classique qui a donné aux metteurs en scène modernes , de Jouvet à Bénichou , de Vilar à Bluwal l'occasion de leur plus belle réussite . Alors pourquoi me mêler aujourd'hui de prendre la suite de ces hommes illustres et tacher de refaire ce qu'ils ont si bien fait ?

Je répondrais d'abord que nous avons tous le droit , sinon le devoir , de nous affronter aux grands mystères.

Ensuite , que Dom Juan étant multiple , il y'a une infinité de manières de le voir ; et que c'est précisément vers cette diversité que j'ai engagé le travail avec les comédiens , leur demandant non seulement d'interpréter plusieurs personnages mais ausi , parfois de se metttre à plusieurs pour n'en construire qu'un. J'ai aussi voulu qu'ils restent tout au long du spectacle , même quand ils ne jouent pas il sont présent autour de la scène comme le sont d'ailleurs aussi les spectateurs ; autant de regards différents portés sur une même situation , sur un même drame et pour laisser toute latitude à l'imaginaire j'ai pris le parti de la plus grande sobriété : un espace nu , un minimum d'effets sinon , inévitablement pour l'arrivée du Commandeur.

Enfin j'ai une justification qui vaut toutes les autres : c'est l'amour que j'ai pour cette oeuvre et que je voudrais faire partager au public.

Jean Denis LEFEVRE

 



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