Venise au XVIIIème siècle frivole, festive, tout
est musique. Les chanteurs et chanteuses règnent sur la ville,
imposent leurs caprices, dépensent plus quils gagnent,
se chamaillent, senvoient des piques, se battent pour obtenir
le premier rôle, prêts à toutes les courbettes
et compromissions dès quun contrat se profile.
Un riche turc veut monter un opéra à Smyrne, plus attiré
par la plastique de ces dames que par leur voix. Lucrezia, cantatrice,
arrive en ville avec Carluccio sopraniste, en quête de rôles
et de protecteur. Le Comte Lasca susurre à chacun quil
est choisi. Tognina et Annina briguent elles aussi le rôle de
diva et Pascalino exige le rôle de ténor, Nibio se nomme
impresario. Chacun veut se placer, se prétend le meilleur,
lunique, et manigance
Folle
sarabande dans laquelle Goldoni se moque de la société
du spectacle de son temps, son rire fait vibrer chaque mot ;
mais les personnages émeuvent, derrière les turpitudes,
le désespoir nest pas loin.
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PROPOS
Ce nest
pas la première fois quau Théâtre de lEscabeau,
nous montons une pièce de Goldoni : « Arlequin
valet de deux maîtres » en 1988, « Baroufe
à Chioggia » que jai eu le bonheur de mettre
en scène en 2001.
Au moment de choisir un nouveau spectacle, je nai pas résisté
au plaisir de replonger dans lunivers lumineux, plein dhumour
et dhumanisme de ce grand auteur italien.
« Lopéra de Smyrne » est une pure
comédie. Goldoni nous fait partir à la découverte
du petit monde des artistes lyriques, dans un tourbillon de joie,
de disputes et de mal-entendus.
A Venise, au milieu du XVIII ème siècle, les théâtres
se multiplient et battent leur plein, au moment du Carnaval. De toutes
les régions dItalie, chanteurs, librettistes, impresari
accourent à Venise pour tenter leur chance. Les places sont
chères et tout le monde naura pas le privilège
dobtenir un rôle, voire même dêtre embauché.
Goldoni croque avec brio, humour et cruauté les intrigues de
ce petit monde de lopéra. : cantatrices sans scrupules,
chanteurs délirants, protecteur avare, poète minable,
impresario rapace, autant de personnages hauts en couleurs qui se
débattent entre leurs rêves de gloire et la réalité
implacable du manque dargent. Un marchand turc, homme de sérail,
plus attiré par la plastique des chanteuses que par lart
lyrique, sème le trouble parmi les protagonistes en proposant
de produire un opéra et de le tourner au-delà des mers
On a
le sentiment que le monde du spectacle a si peu changé !
Largent, le nerf de la guerre, sans quoi rien nest possible,
obsède tout le monde. Toujours à la recherche dun
sequin pour se faire livrer leur malle, soffrir un chocolat,
payer un coiffeur ou un bottier, chanteurs et chanteuses se battent
pour obtenir un rôle, « le premier rôle »,
qui reste le rêve absolu pour chacun des artistes.
Mettant laccent sur laspect parodique du spectacle, nous
travaillerons la partition comique de chacun des acteurs, en nous
efforçant de mettre en valeur les fragilités, les défauts
ô combien nombreux, et donc le dérisoire de chacun des
personnages, sans oublier pour autant que ce sont des êtres
humains de tous les jours. Il y aura du monde sur le plateau, 10 acteurs
se partageront la scène et contribueront dans un esprit collectif,
propre au Théâtre de lEscabeau, à la mise
en uvre dynamique du spectacle, changements de décors
à vue, chorégraphies etc.
Les chanteurs vantent largement les mérites de leur voix, certaines
capables datteindre le contre-ut, dautres possédant
un legato sublime, sans oublier le sopraniste à la divine voix
de castra. Dans la pièce de Goldoni, ils évitent autant
que faire se peut, de se faire entendre et pourtant jai pris
la liberté de les faire exister en tant que chanteurs. Au milieu
du tourbillon des changements de décors, on les entendra interpréter
des airs dopéra bouffe
Et sil ne sagit
pas vraiment de leur propre voix, quimporte, la comédie
avant tout !
Au dernier acte, on les retrouve, à laube, attendant
frileusement sur le quai du départ, la concrétisation
de leurs espoirs
mais, brutalement confrontés à
la perte de leur rêve, ils découvrent enfin, unis dans
la malchance, que la solidarité et le partage restent la seule
réponse aux perfidies du destin.